Roskilde ? En France, ce nom à consonance nordique évoque au mieux absolument rien du tout, au pire le dernier modèle de chez Ikea. Et pourtant, cette petite ville danoise, en plus de sa cathédrale, de son fjord et de son musée des navires Vikings, accueille chaque été l’un des plus grands festivals d’Europe.

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Le Roskilde Festival est un mastodonte : 7 jours, 175 artistes, 8 scènes et 130.000 spectateurs qui accueille les plus grands. A l’image de le 45ème édition en 2015 : Pharrell Williams, Paul McCartney, Disclosure, Kendrick Lamar, Florence & The Machine, et à leurs côtés des dizaines d’artistes plus modestes, venus du monde entier pour tenter de séduire le public danois. Le tout pour la bonne cause, car Roskilde reverse l’intégralité de ses bénéfices à des associations – au total, plusieurs dizaines de millions d’euros depuis 1971.

 

3 jours de warm-up

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Officiellement, le festival dure 4 jours, du mercredi au dimanche. Officieusement, déjà plus de 50.000 festivaliers et 30.000 bénévoles ont planté leurs tentes dès le dimanche précédent et font la fête en attendant l’ouverture officielle. Un warm-up de 3 jours que la plupart ne voudraient manquer pour rien au monde, et qui contribue autant sinon plus que la programmation officielle à l’ambiance particulière qui règne à Roskilde.

À Street City, la crème du roller et du skate international s’est réunie pour l’occasion : des centaines d’ados danois déchaînés y applaudissent les figures du californien Wes Kremer. Juste à côté, un groupe de métal local se produit sur l’une des petites scènes non officielles qui font vivre le festival. Le soir venu, un immense ghetto blaster se balade de camping en camping : à Roskilde, si tu ne viens pas à la fête, elle viendra à toi. Perché tout en haut de l’engin, le boss du label allemand Analog Africa enchaîne les pépites tropicales des 60s et 70s. Désolé pour ceux qui cherchaient du repos… mais parfaite mise en bouche avant l’ouverture du lendemain.

 

Dream City : le coin des utopistes

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À Roskilde, le camping est un festival en lui-même. Et tout particulièrement le camping H alias Dream City, situé au coeur du site et à deux pas des scènes. Si vous comptez dormir, passez votre chemin. Mais si vous êtes de ceux qui rêvent de Burning Man, vous êtes au bon endroit : le soleil de plomb en moins, on se croirait dans le désert du Nevada.

Dream City, c’est un concentré de l’esprit de Roskilde. Depuis des années, quelques centaines d’utopistes viennent y planter leur tente et construire leurs micro-sociétés éphémères. Pour bâtir leur petit monde à temps, certains s’y installent jusqu’à 3 semaines avant l’ouverture du festival. Chaque camp est une véritable installation : ici, c’est le camp des licornes ; là, le camp « Où est Charlie » où tous arborent marinière rouge et bonnet à pompon ; sur votre gauche la mairie – car il faut bien gérer tout ce petit monde ; à droite c’est la Poste où vous pouvez déposer colis et mots doux, que des volontaires se feront un plaisir de livrer à leur destinataire où qu’il se trouve sur le site.

Chaque année, Dream City accueille également la traditionnelle Naked Run, qui voit une centaine de participants courir un 400m dans le plus simple appareil. Elle se déroule le jeudi, au lendemain d’une autre course : la cérémonieuse ouverture des portes. Le mercredi un peu avant 17h, des milliers de campeurs se pressent derrière les grilles, histoire d’être le tout premier au tout premier rang du tout premier concert. 3, 2, 1… les portes s’ouvrent enfin et une marée humaine s’engouffre sur le site. Roskilde 2015 est officiellement ouvert.

 

4 jours de musique

La programmation de Roskilde fait le grand écart. Musicalement mais aussi géographiquement, puisque la scène danoise émergente y côtoie les popstars américaines.
2015 fut une année faste pour la scène électronique. Le spectre s’étend de Jamie xx à Dixon en passant par Young Fathers,Future Brown, Tropkillaz ou encore Kaytranada. On retiendra particulièrement le puissant show des lisboètes de Batida, qui parlent au corps comme à la tête en mêlant kuduro, hip-hop, bass music mais aussi danse et cinéma. Et le producteur argentin Chancha Via Circuito, qui quelques heures plus tôt soufflait le public avec sa cumbia 3.0.

La team programmation a à coeur de booker des artistes taillés pour le live, qu’ils soient presque inconnus ou qu’ils s’appellent Pharrell Williams, Florence & The Machine ou Die Antwoord. Leurs 3 gigantesques shows n’ont pas déçu – malgré la bourde de Pharrell, qui s’est obstiné à confondre Roskilde et Copenhague…

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Orange Feeling

4 jours sur 7, c’est trop court mais suffisant pour comprendre Roskilde et son fameux Orange feeling. Car à Roskilde, tout est orange : du logo à la grande scène, en passant par les peaux des Danois brûlées par le soleil. « Open ears and open minds » – les oreilles et l’esprit grand ouverts, résume le programmateur Peter Hvalkof : « si tu marches sur le pied de ton voisin pendant un concert, c’est lui qui va s’excuser. »

Cet état d’esprit rencontre un écho tout particulièrement symbolique cette année, quelques jours seulement après les élections législatives où l’extrême-droite a réalisé une percée sans précédent. Le sujet est sur toutes les lèvres, mais armée du orange feeling, la jeunesse de Roskilde semble se rassurer sur son futur. Car bien plus qu’un festival de musique, Roskilde est une bulle d’air. Et dans l’avion du retour, impossible de s’empêcher de penser que la jeunesse française aurait peut-être bien besoin de son Roskilde à elle

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